Historique

 

 

"CEUX DE RAWA-RUSKA"

 

A partir d'avril 1942 - et jusqu'en février 1944 - environ 20.000 prisonniers de guerre français et belges francophones dont le point commun fut au moins deux tentatives d'évasion d'un Stalag, seront internés au camp dit de "représailles" de Rawa-Ruska, mais aussi ses (65 ?) sous camps et kommandos dont Ternopol, Lemberg, Stryj...

Peu connu des amateurs d'histoire, et tombé depuis la fin de la guerre dans l'oubli de la mémoire collective, ce camp, Stalag 325, surnommé "le camp de la goutte d'eau et de la mort lente", était situé en Galicie polonaise devenue ukrainienne en 1944 et donc ainsi terre soviétique.

Les conditions de vie et de traitement y furent peu différentes de celles des camps du "triangle de la mort" à l'intérieur duquel il se trouvait.

 

DES SOLDATS FRANCOPHONES A RAWA-RUSKA : POURQUOI ?

Ces "environ" 20.000 soldats francophones (sur plus de 1 800 000 prisonniers de guerre internés en Allemagne, soit 1%) refusèrent la défaite, la capitulation de juin 1940, l'asservissement et donc le joug privateur de liberté. 

En récidivant dans les tentatives d'évasion, ils démontrèrent leur volonté  d'homme et de soldat, de résister à l'ennemi : en cela, leurs actes furent aussi un écho à l'appel du Général de Gaulle. Sa déclaration du18 juin 1940, annonçait en effet :

La formation d'une force française terrestre, aérienne et navale, concourant d'abord à toute résistance française où que ce soit, dans l'Empire Français.

Tous les militaires français de terre, de mer et de l'air étaient invités à s'y joindre, tous les jeunes gens et tous les hommes en âge de porter les armes étaient invités à s'y enrôler.

Cet appel soulignait encore que tous les officiers, soldats, marins, aviateurs, français où qu'ils se trouvaient, avaient le devoir de résister à l'ennemi.

Cet appel parvint dans les stalags et les kommandos ; informés d'une lutte entreprise par des mouvements de Résistance, de nombreux prisonniers de guerre français tentèrent de s'évader, et n'hésitèrent pas ainsi, à prendre des risques sur le territoire même de l'ennemi.

En mars 1942, un avis était apposé dans les stalags, d'après lequel, et suivant un ordre de l'O.K.W. de Berlin, des mesures imminentes seraient prises contre les prisonniers français et belges, évadés récidivistes et coupables de sabotages ou de refus de travail réitérés :

Ces prisonniers seront transférés dans le Gouvernement Général, à Rawa-Ruska, au nord-ouest de Lemberg.

Malgré cette menace, des prisonniers de guerre français n'hésitèrent pas : ils récidivèrent dans l'évasion, les sabotages, puis le refus du travail obligatoire (à partir de février 1943), symboles forts de leur désir de reprendre le combat, s'exposant ainsi et délibérément à la déportation vers l'Ukraine.

Rawa-Ruska devint ainsi le camp de "déportation" pour les récidivistes français et belges de l'évasion, jugés "irrécupérables" par l'occupant, car refusant de se soumettre aux engagements de l'état pétainiste liés à la capitulation.

Ce camp retenu par l'ennemi pour son extrême éloignement des frontières françaises, se trouvait situé sur un territoire soustrait aux garanties des Conventions de La Haye et de Genève, conventions qui prévoyaient entre autres :

-le respect de la dignité des prisonniers,

-le fait qu'ils soient traités avec humanité,

-protégés de tout acte de violence.

Ce qui ne fut pas le cas...

 

Certains réussiront à rejoindre Londres.

Sir Winston Churchill aurait déclaré (?) alors à la BBC, que :

Rawa-Ruska, "le camp de la mort lente et de la goutte d'eau"***,  était situé dans la région qui détint le record de la souffrance en 1942.

*** un seul robinet d'eau non potable pour l'ensemble du camp.

Quant au Maréchal Juin, il déclarera :

S'il existe un haut lieu, symbole de résistance, c'est bien Rawa-Ruska.

 


Bloc IV du camp 

                                                                 

 

RAWA-RUSKA ET LE TRIANGLE DE LA MORT

Le camp de Rawa-Ruska était situé dans une vaste zone d'extermination, à quelques kilomètres de Belzec, à proximité de Lublin-Majdanek, Treblinka, Sobibor, Chelmno..., ainsi que des camps d'extermination implantés sur le territoire russe.

Situé dans une région à climat continental, (hiver très froid et très long, et très chaud l'été), il était environné de marécages et de tourbières : typhus, typhoïde, diphtérie, dysenterie bacillaire, y régnaient de façon endémique.

Après l'invasion de l'Union Soviétique par l'armée allemande en Juin 1941, environ 18 000 soldats russes emprisonnés à Rawa-Ruska et à la citadelle de Lemberg, y trouvèrent la mort.

Courant1942, le district de Galicie, sur le territoire duquel se trouvait le Stalag 325, fut rattaché au "General Gouvernement", dont le responsable, le Docteur Frank, déclarera au procès de Nuremberg que toute cette région devait être considérée comme un camp d'extermination.

A l'arrivée des Français à Rawa-Ruska, la localité (à 60% juive) comptait 9 000 habitants. En janvier 1943, il n'en restait plus que 3 000.

A Lemberg (aujourd'hui Lviv), le tiers de la population fut massacré.

Dans la province, près de 700 000 personnes, hommes, femmes, enfants, furent exterminées.


Ce douloureux contexte a profondément atteint le psychisme de tous ceux qui ont été déportés à Rawa-Ruska, et qui en furent les témoins.

Ceci explique que la majorité d'entre eux, à leur retour en France, a refusé de parler, tant ils pensaient que l'on ne les croirait pas... :

-en tant que militaires prisonniers de guerre, ils avaient connu l'enfer,

-en tant qu'hommes, ils avaient été témoins de l'Insoutenable lié à la Shoah.

 

En 1963, les plus hautes instances de l'Etat leur accordent le titre : d'Interné-résistant", celui de "Déporté" leur ayant été refusé.

 

L'histoire de ce camp demeure encore dans l'ombre.

Nous disposons néanmoins des archives personnelles de nos "Anciens" : leurs témoignages, leurs récits, leurs écrits, des interviews filmés.

De plus, nos travaux sur les archives de ce camp vont désormais nous permettre de faire avancer son histoire, de la faire connaitre et surtout de la transmettre : en effet, la transmission de la Mémoire n'a véritablement de sens que si elle s’appuie sur la reconnaissance, par l’Histoire, de" Ceux de Rawa-Ruska".

Il nous reste aussi et surtout notre volonté indéfectible de transmettre aux générations futures, leurs valeurs de dignité et de liberté d'homme et de soldat qui refusèrent de se soumettre, quel que soit le prix à payer.

 

 

Photos extraites du Site National : www.rawa-ruska.net

                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (1)

Vincentini hélène
  • 1. Vincentini hélène | 24/05/2016
Bonjour
je voudrais de nouveau être en contact et adhérer à l association
je suis fille de Yves vincentini deporté à Rawa Ruska de mai à novembre 1942
j étais adhérente à l association et la douleur m ont fait interrompre cette démarche
Suite à un burn out j ai rencontré une psychiatre qui est engagée au cote d anciens résistants tes et qui m a demande le 18 juin d apporter un témoignage lors d une cérémonie sur l histoire de Rawa Ruska
j étais allee aux archives à Caen recueillir des informations et je veux continuer cette démarche
je vous remercie
cordialement
Helene Vincentini
06 15 32 49 13

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Date de dernière mise à jour : 15/04/2018

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